DOSSIER ENQUÊTE STS-107
ARCHIVES SEMAINES DU 15 JUIN AU 23 AOÛT 2003


        La Commission d'enquête sur l'accident de Columbia présentera au public son rapport final lors d'une conférence de presse qui se tiendra dans l'édifice du Bureau national de la sécurité dans les transports (NTSB) à Washington, mardi le 26 août à 11h00 HAE (15h00 UTC). Tous les médias présents se verront remettre une copie intégrale du rapport.

        Les grandes lignes seront présentées sur Obsat au cours de la semaine, à mesure que le contenu important sera traduit.

        Notez que cette page n'a pas été mise à jour depuis la fin juillet à cause du temps mis à faire la révision majeure du site Obsat. Les éléments pertinents à l'enquête et à la reprise des vols qui ont été dévoilés dans cette période seront résumés ici bientôt.


Mardi, 22 juillet 2003

L'astronaute de l'Agence spatiale canadienne Steve Maclean est honoré par une délégation israélienne
(Communiqué de presse de l'Agence spatiale canadienne )

Saint-Hubert (Québec) - le 21 juillet 2003 - L'Agence spatiale israélienne a rendu hommage aujourd'hui à l'astronaute de l'Agence spatiale canadienne Steve Maclean en reconnaissance du support qu'il a apporté à la famille du défunt astronaute Israélien Ilan Ramon à la suite de la tragédie de Columbia.

Monsieur Maclean a été honoré durant une rencontre entre Marc Garneau, président de l'Agence spatiale canadienne et Aby Har-Even, directeur général de l'Agence spatiale israélienne ainsi que d'autres représentants du gouvernement.

« Je suis touché d'avoir été honoré par mes collègues israéliens. Je voudrais que le monde entier sache que Ilan était un homme exceptionnel et qu'il laisse derrière lui une famille des plus brave », de dire Steve Maclean.

La délégation israélienne se trouve au siège social de l'Agence spatiale canadienne à Saint-Hubert pour discuter de collaboration potentielle dans le domaine de la télédétection.


 
 


Samedi, 12 juillet 2003

        02h30 : La CAIB tenait vendredi un point de presse à Washington pour faire part des résultats des essais de tir d'un bloc de mousse isolante le 7 juillet sur un simulateur de bord d'attaque d'aile de navette.  Réalisé à l'aide d'un canon à l'azote au Southwest Institute of Research du Texas, le dernier tir a permis de répondre à bien des questions et d'effectuer un grand pas vers la conclusion de l'enquête. Le panneau 8 utilisé provient de la navette Atlantis.

        L'image ci-dessous montre le panneau en carbone-carbone renforcé (CCR) qui a été perforé par l'impact du bloc rectangulaire de mousse à plus de 850 km/h. Ce bloc mesurait 14,2 x 29,2 x 57,4 cm et avait une masse de 0,76 kg. La bande vidéo de l'impact filmé à haute vitesse montre le panneau qui se plie et se fracasse en gros et petits segments, puis le bloc de mousse qui se désagrège en se frottant sur le bord du joint d'étanchéité en CCR situé entre les panneaux 8 et 9. Une caméra placée à l'intérieur du panneau 9 pour filmer le 8 a permis de constater qu'un gros débris de CCR se détache à l'impact et reste prisonnier à l'intérieur de l'aile. Les enquêteurs présument que c'est un débris semblable qui s'est délogé de l'aile au jour 2 de la mission STS-107 et qui est retombé dans l'atmosphère le 20 janvier. Sa signature radar correspondrait très bien à ce qui a été détecté dans l'espace.

        De plus, de nombreuses fissures sont visibles autour du trou, fissures qui sont bord en bord du panneau, ce qui pourrait expliquer l'origine des débris vus se détachant de la navette par des observateurs au sol de la rentrée de la navette au-dessus de l'ouest américain. Autre élément intéressant pour les enquêteurs, le bout inférieur du joint d'étanchéité en CCR entre les panneaux 8 et 9 (image ci-dessous) s'est fracturé au niveau du trou servant à le retenir à la structure de l'aile. Ce qui aurait permis à ce joint s'il était en vol de pouvoir pivoter autour de sa fixation supérieure causant une autre ouverture dans l'aile de façon intermittente à la manière d'une porte qui claque au vent. Les enquêteurs avaient remarqué une drôle d'usure thermique du joint identique sur Columbia qui les laissaient perplexes quant à son origine. Une rupture d'une fixation parait donc très probable et expliquerait l'usure thermique vue sur les débris de Columbia.

        Le tir du 7 juillet mettait donc fin aux expérimentations de la Commission d'enquête et prouvait hors de tout doute l'origine de la brèche dans l'aile gauche de la navette Columbia. La CAIB compte terminer son rapport final vers la fin du mois d'août.

Pour voir les bandes vidéos des différents essais de tir depuis deux mois.
 
 


Mardi, 8 juillet 2003

        04h30 : Un dernier tir de mousse isolante sur un panneau de bord d'attaque en CCR le 7 juillet a produit des  dommages catastrophiques sur le dessous du panneau no 8 qui était la cible. Une ouverture d'environ 40 x 40 cm a été créée avec des débris qui se sont ramassés dans le fond de la cavité du bord d'attaque de l'aile. L'étendue des dommages en a surpris plus d'un, dont Scott Hubbard, un des membres de la CAIB, qui a expliqué que cela prouvait que l'impact du débris de mousse filmé au lancement le 16 janvier était vraiment responsable de la catastrophe.

        De plus, la présence de gros débris à l'intérieur de l'aile pouvait expliquer la nature du mystérieux objet qui s'est détaché de la navette le 17 janvier pour se désintégrer dans l'atmosphère le 20. Il pourrait s'agir d'un débris du panneau 8 qui est resté coincé dans l'aile pour se détacher plus tard sous l'effet de l'apesanteur.

        Pour l'équipe d'enquêteurs du CAIB, c'est mission accomplie car toutes les pièces du puzzle semblent maintenant en place. Il ne reste qu'à compléter le rapport d'enquête cet été après avoir terminé l'analyse des résultats des tests. Des images du dernier test seront bientôt disponible ici.
 


Jeudi, 3 juillet 2003

        16h30 : Cette page n'ayant pas été mise à jour depuis deux semaines, voici donc un résumé des développements sur l'enquête à partir du 20 juin en remontant jusqu'à aujourd'hui.
 
 

20 JUIN

        Des travaux sont en cours afin de développer des techniques de réparation de la protection thermique des navettes lors de leurs séjours dans l'espace. Une douzaine d'options sont à l'étude présentement et le plus gros défi sera de faire en sorte que les surfaces réparées conservent leurs propriétés aérodynamiques. En effet, l'écoulement de l'air sur les surfaces de la navette doit se faire de façon à éviter les zones où s'accumulent des gaz très chauds, la température ne devant pas dépasser les 3000 °F. Une réparation produisant une surface trop irrégulière provoquerait un écoulement d'air turbulent, ce qui produirait des surchauffes localisées sur la protection thermique de la navette.

        Des techniques de réparation ont déjà été développées à la fin des années 70 lors de la conception des navettes. Cependant, elles n'ont jamais été mises en pratique ou incluses dans les procédures d'urgence en vol. Les ingénieurs partent donc de ces travaux et semblent s'orienter vers un procédé de remplissage des fissures ou cavités à l'aide d'un composé à base de silicone, connu sous la désignation MA-25S, qui figerait malgré les conditions extrêmes du vide spatial.

        Les études pour déterminer les modes de réparation des bris à la protection thermique se font sur quatre niveaux :

        Les procédures élaborées pour l'inspection et la réparation utilisent la Station spatiale internationale comme "station-service". Une inspection visuelle pourrait être faite par des astronautes à bord de la Station et les bras robotiques de la navette et de la Station pourraient être mis à contribution autant pour l'inspection que pour la réparation.

        La NASA n'attend donc pas les conclusion du rapport de la CAIB pour agir dans la recherche de solutions au problème des dommages à la protection thermique des navettes. Tous s'entendent pour dire que la Commission d'enquête en fera sûrement une recommandation.
 


24 JUIN

        Lors d'un point de presse de la CAIB tenu le 24 juin à Washington, un membre de l'équipe d'enquêteurs a, pour la première fois, émis l'opinion que la "cause la plus probable" de l'accident était l'impact d'un débris de mousse provenant du réservoir externe lors du lancement.

        Les différents tests de tir sur une réplique de bord d'attaque d'une aile gauche de navette ont donné des résultats qui corroborent cette thèse (voir les images du début juin plus bas sur cette page).

        Partant de cette hypothèse et après analyse des débris, on commence à en savoir plus sur la façon dont s'est désintégré la navette. Très peu de pièces ont été retrouvées des panneaux de bord d'attaque en CCR numéros 8 à 10. Aucune pièce de fixation de ces panneaux n'a été retrouvée ni de portion inférieure de panneau. Les bords des pièces recueillies présentent des signes évidents d'extrême érosion dûe à la chaleur. Tous ces indices mènent à une brèche qui se serait localisée sous ou près du dessous du panneau no 8, tel qu'annoncé le 6 mai.

        Derrière cette brèche, la chaleur a fait des ravages en progressant à travers la structure de l'aile. Sur l'image ci-dessous, les tuiles en rouges sont celles qui ont été trouvées le plus à l'ouest parmi les débris. Elles se situaient derrière les panneaux 8 et 9. Or, sous l'effet d'une température d'au moins 400 °F, leur adhésif à base de silicone s'est ramolli et ces tuiles se sont détachées en premier. Avant que ces tuiles tombent, les attaches des panneaux en CCR s'étaient en bonne partie vaporisées, provoquant des dépôts métalliques riches en fer et en nickel à l'intérieur des panneaux 9 et les autres vers l'extérieur de l'aile.

        Comme sa structure s'affaiblissait, la partie externe de l'aile gauche (à partir du panneau 8) se serait séparée de la navette en premier, tel que le suggère la carte des débris ci-dessous. Des fragments des panneaux 8 à 22 font partie des débris les plus à l'ouest. Le reste de l'aile gauche, derrière les panneaux 1 à 7, a suivi. Puis ce fut au tour du stabilisateur vertical et, pour finir, l'aile droite. Le fuselage s'est désintégré par après. La traînée de débris de l'aile gauche est très longue comparée aux autres parties de la navette. Il n'est pas encore certain si ce n'est que le bord d'attaque de l'aile gauche qui s'est séparé ou toute l'aile à partir du panneau 8. Chose sûre, des fragments du panneau 8 se sont retrouvés à des endroits très distants l'un de l'autre, ce qui implique qu'ils faisaient partie de deux ou plusieurs groupes de débris. C'est pour cela que les enquêteurs pointent cette zone comme étant l'origine de la brèche dans l'aile.

        Pour confirmer de façon définitive cette hypothèse, une dernière scéance de tir de mousse isolante doit avoir lieu autour du 7 juillet sur le dessous d'un panneau numéro 8 provenant de la navette Atlantis. Ce panneau fera partie de l'ensemble habituel des panneaux comprenant les numéros 9 et 10 également. Les premiers tirs du 29 mai ont permis de confirmer que chaque panneau transmet les efforts aux panneaux adjacents, ce qui fait que le bord d'attaque réagit structurellement comme un système et non un ensemble de panneaux individuels et indépendants. Un impact sur un panneau peut donc provoquer des dommages internes aux panneaux voisins.

        Comme autre développement dans l'enquête, mentionnons que durant cette journée du 24 juin, la NASA a rendu public près de 10 heures d'images vidéos et 97 photographies prises par l'équipage et qui ont été rétirées des débris. Dans ces images, il n'y a cependant rien qui nous en apprenne plus sur les causes de la tragédie.
 
 

26 JUIN

        James W. Kennedy a été nommé directeur du Centre spatial Kennedy de Floride. Il a fait ses débuts à la NASA en 1968 et est au Centre Kennedy depuis 2002. C'est donc lui qui veillera à la reprise sécuritaire des vols en 2004 et qui s'assurera du suivi des recommandations de la CAIB.
 


27 JUIN

        Tel qu'anticipé par les spécialistes, la CAIB a formulé le 27 juin sa troisième recommandation préliminaire ( les deux premières datent du 17 avril) :

Capacité d'inspection et de réparation de la protection thermique en orbite et à la Station spatiale.

        Lors de la mission STS-107 et de l'enquête qui a suivi, le manque de capacité de réparation a souvent été cité et peut avoir été un facteur à considérer dans les décisions prises lors de la mission, incluant celle de ne pas demander d'images à haute résolution qui aurait aidé à déterminer la nature des dommages résultant de l'impact de la mousse lors de l'ascension.
 
 

1 JUILLET

        La CAIB a émis sa quatrième recommandation préliminaire qui devrait figurer sur son rapport final remis cet été :

Imagerie du lancement et de l'ascension

        Actuellement, l'équipement d'imagerie est inadéquat en terme de nombre, d'emplacement et de résolution pour un véhicule qui est encore considéré comme étant au stade expérimental. Cet équipement n'a même pas été révisé en fonction des nouveaux azimuths de tir des missions vers la Station spatiale.
 
 

2 JUILLET

    Le nouveau directeur du programme des navettes, Bill Parsons, a annoncé aujourd'hui quatre changements de personnel à certains postes clés de l'organisation. Ces changements visent une mise en place efficace des mesures visant à reprendre les vols de navette de manière sécuritaire.

N. Wayne Hale Jr. est nommé gestionnaire adjoint par intérim du programme des navettes et travaillera dorénavant au Centre spatial Johnson à Houston. Il vient du Centre spatial Kennedy et est à la NASA depuis 1978.

Steve M. Poulos devient gestionnaire par intérim au bureau du projet orbiteur au Centre spatial Johnson. Il a joint la NASA en 1989.

Edward J. Mango, à la NASA depuis 1986, devient gestionnaire adjoint au bureau du projet orbiteur.

John P. Shannon est nommé gestionnaire par intérim aux opérations de vol et intégration. Il est à la NASA depuis 1987.

Pour terminer, John F. Muratore est nommé gestionnaire du bureau de l'intégration des systèmes.

        Reste à voir si ce jeu de chaises musicales saura changer les façons de gérer les problèmes de sécurité et de communication au sein de la NASA. Le directeur Parsons lui-même est nouveau à son poste depuis environ un mois.


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Auteur : Daniel Deak