DOSSIER ENQUÊTE STS-107
ARCHIVES SEMAINES DU 20 AVRIL AU 3 MAI 2003


Vendredi, 25 avril 2003

        01h35 : L'hypothèse d'un joint en CCR en forme de T manquant entre les panneaux de bord d'attaque 8 et 9 tend à se confirmer de plus en plus comme étant la cause de l'entrée du plasma brûlant dans l'aile gauche de Columbia, ce qui mena éventuellement à sa destruction. Ce scénario serait corroboré par toutes les lectures des différents capteurs répartis dans la navette dont les données ont été stockées sur le ruban de l'enregistreur OEX. De plus, des études approfondies des signatures radar de différentes composantes de la navette ont démontré que l'objet aperçu se détachant de Columbia le 17 janvier ne pouvait être qu'un joint en T ou un bloc d'isolant en Incoflex (Dyna-Flex recouvert d'inconel) qui protège les attaches des panneaux en CCR. Des pièces de tous les panneaux en CCR suspects ont été retrouvées comme en témoigne l'image suivante provenant des archives de la CAIB.

        Il reste à déterminer le parcours exact des gaz chauds dans la structure de l'aile gauche avant de tirer une conclusion définitive. Différentes études sont en cours à ce sujet sur des modèles virtuels et réels. Il faudra probablement quelques semaines avant d'arriver à une certitude à ce sujet.

        Deux audiences de la CAIB ont eu lieu cette semaine, les 22 et 24 avril, où le président de la Commission a fait part du mandat d'étudier à fond le fonctionnement du programme des navettes au niveau décisionnel. Il semble que les leçons tirées de l'accident de la navette Challenger en janvier 1986 n'aient pas été suffisantes pour changer la culture de la gestion des risques au niveau de la NASA. On se souviendra que Challenger avait été détruite 73 secondes après son lancement à cause d'une fuite de gaz brûlants à travers les joints d'étanchéité toriques d'une fusée d'appoint à carburant solide. Selon Diane Vaughan, professeure au Boston College et auteur du livre The Challenger Launch Decision, il semblerait que dans le programme des navettes, si un design ne prévoit pas un certain type d'anomalie, cette anomalie peut être acceptée. Dans le cas de Challenger, les gestionnaires de la NASA savaient depuis longtemps que les joints toriques des fusées d'appoint pouvaient fuire sous certaines conditions et l'avaient déjà fait. Cependant, les vols ont continué puisque ce problème non prévu n'était pas jugé critique pour la sécurité des vols.

        Cette philosophie semble avoir eu cours dernièrement au sein de la NASA puisque, depuis toujours, la mousse isolante des réservoirs externes se détache en vol alors qu'elle n'était pas supposé le faire. Malgré de nombreux dommages répétés à la protection thermique, la NASA n'a pas jugé bon de prendre des mesures draconiennes pour régler le problème et celui-ci fut accepté comme étant routinier et normal. Pourtant, de nombreux ingénieurs ont toujours apréhendé les conséquences catastrophiques que pourraient avoir l'impact d'un débris de mousse de grande dimension comme ce fut le cas pour STS-107.

        Les vols de navette devraient restés suspendus jusqu'en 2004.


Dimanche, 20 avril 2003

        00h40 : Vendredi, le 11 avril, j'analysais les images de Columbia en orbite prises par le site AMOS de l'Air Force. Sur une seule d'entre elles, on peut voir le bord d'attaque de l'aile gauche en dedans du panneau en CCR no 8. Or, en ajustant la brillance et le contraste de l'image à l'aide de Paint Shop Pro, je me suis aperçu de quelque chose de surprenant, il y a une interruption nette en dedans de ce que je crois être le panneau no 8. Toutes les images que j'ai analysé avec les mêmes réglages montrent les bords d'attaque gauche et droit irréguliers mais avec des défauts d'image arrondis. Seule cette image montre une fin abrupte du bord d'attaque. Voici donc l'image traitée avec l'emplacement de la pièce manquante. Ce serait le panneau no 7. Cette information a été transmise à la Commission d'enquête sur l'accident (CAIB). Evidemment, cette analyse peut donner des résultats plus ou moins valables, mais avec les développements des derniers jours, la coincidence serait plutôt particulière.


 


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Auteur : Daniel Deak