LES DÉBRIS RELÂCHÉS PAR LE RÉSERVOIR EXTERNE


Un nouvel échec pour la NASA

        Dans un texte publié sur Obsat le 28 juin dernier, j'écrivais, au sujet du respect des recommandations émises par la Commission d'enquête sur l'accident de Columbia (CAIB) et la publication du rapport final du groupe de travail Stafford-Covey sur la reprise des vols (RTF TG) :

        "Dans ce rapport final, le groupe Stafford-Covey mentionne que la NASA n'a pas pu rencontrer les exigences de trois de celles-ci :

R3.2-1
Mettre en place un programme agressif d'élimination à la source de tous les débris provenant du système de protection thermique du réservoir externe, en insistant particulièrement sur la région où le bipied de support de l'orbiteur s'attache au réservoir externe.

Le RTF TG en est venu à la conclusion que la conception même du réservoir externe ne permettra jamais d'éliminer tout relâchement de débris. La NASA a cependant pris les mesures pour réduire l'émission de ces débris, mais un impact majeur restera toujours probable."

        Malheureusement pour la NASA, dès le premier vol après Columbia, un débris majeur s'est détaché du réservoir externe, mais sans heurter l'aile droite de Discovery. La NASA a donc admis mercredi soir qu'elle a failli à la tâche de limiter les débris émis par le réservoir externe et décidé de suspendre tout nouveau vol jusqu'à ce qu'une solution définitive soit trouvée. Certains qualifient cette décision de prématurée, mais à la lumière des énoncés ci-dessus, elle est tout à fait justifiée.
 

Les débris relâchés

        Bénéficiant d'un plus grand nombre de caméras sur la navette filmant ses différentes parties lors de l'ascension et d'une nouvelle procédure de photographie du réservoir externe après son largage, la NASA a pu connaître rapidement la nature et la grosseur des débris de mousse relâchés par ce réservoir et la probabilité d'impact avec des parties de l'orbiteur. En visionnant la vidéo de la caméra placé au sommet de la conduite d'oxygène liquide du réservoir, on voit de façon nette un gros débris se détacher du réservoir, 5 secondes après la séparation des fusées solides, et descendre le long de la navette sous l'aile droite sans la percuter. C'est ce débris qui est à l'origine de la suspension des futurs vols. L'image ci-dessous, fournie par la NASA, nous montre le débris au moment de se détacher.


        Quatre zones ont été identifiées sur le réservoir d'où des débris se sont détachés. Elles sont classées par ordre de taille relative :

1- Partie de la rampe aérodynamique juxtaposée au chemin de câble du réservoir d'hydrogène liquide. Masse du débris estimée à plus de 400 grammes avec des dimensions détaillées sur l'image ci-dessus. La masse estimée est donc 100 fois supérieure à celle prévue comme masse maximale devant se détacher du réservoir suite aux modifications apportées à sa construction.

2- Mousse provenant du point d'ancrage du côté gauche du bipied. C'est d'une rampe en mousse située à cet endroit qu'un débris s'était détaché du réservoir de la mission STS-107 le 16 janvier 2003 causant la perte de l'orbiteur Columbia le 1er février suivant. Depuis lors, la rampe a été éliminée en faveur d'éléments chauffants. Cependant, la mousse isolante avoisinant l'ancrage du bipied semble avoir eu de la difficulté à bien adhérer au réservoir.

3- Éclat de mousse sur le revêtement du réservoir. Mentionnons que la zone du réservoir derrière le bipied est une zone d'écoulement de l'air très turbulente, ce qui facilite le détachement de mousse mal fixée.

4- Éclat de mousse de 50 x 175 mm provenant d'une rampe protégeant les conduits externes d'oxygène et d'hydrogène gazeux.


        De toute évidence, le problème des débris de mousse n'est pas résolu par la NASA, il a seulement été contrôlé dans certaines zones du réservoir. Ces zones ont d'ailleurs bien performé. La rampe aérodynamique fautive sur ce vol avait fait l'objet d'études poussées mais fut jugée sécuritaire. Mentionnons que deux réservoirs construits selon les anciennes spécifications ont été approuvées pour le vol, soit celui de la mission en cours et celui d'Atlantis. Ils ont été modifiés pour rencontrer les exigences des recommandations de la CAIB. Comme l'isolant de la majeure partie du réservoir n'a pas été modifié, il fallait raisonnablement s'attendre à des pertes de mousse.

        Il faut également insister sur le fait qu'il s'agit de la première mission où nous avons les moyens techniques de vérifier avec précision la quantité de mousse qui s'est effectivement détachée du réservoir. D'après les traces d'impact relevées sur la protection thermique des navettes lors des missions précédentes, il y a toujours eu de nombreux débris qui ont frappé les orbiteurs. L'origine de ceux-ci était cependant difficile à établir avec certitude. Maintenant que les capacités de le faire sont présentes, la voie est pavée pour trouver une solution efficace au problème. Il est cependant dommage que ces actions arrivent si tard dans le programme et dans un moment critique pour la poursuite des activités d'assemblage en orbite de la Station spatiale internationale.

        Pour le bénéfice de la NASA, mentionnons que lors d'un point de presse en cours au moment d'écrire ces lignes (23h UTC), les responsables de l'agence ont souligné le fait que leur inspection des 27 et 28 juillet ont révélé 80 % moins de traces d'impact sur les tuiles recouvrant le dessous de la navette que lors des missions précédentes. Probablement est-ce dû davantage au contrôle des débris de glace que des débris de mousse. De la glace se détachait en effet des environs de la conduite externe d'oxygène liquide, cette glace provenant de la condensation de l'humidité de l'air humide de la Floride alors que la navette attendait son départ du pas de tir.

        Si d'autres détails sont rendus public concernant le réservoir externe, ils seront publiés sur cette page.
 
 


ACCUEIL OBSAT


Dernière mise à jour de cette page : 30 juillet 2005 à 02:20 UTC

Auteur : Daniel Deak
(Enlever NOSPAM dans l'adresse)