L'INTERPRÉTATION DES ÉLÉMENTS
ORBITAUX
À DEUX LIGNES (TLE)
TLE veut dire Two-Line Elements en anglais ou
éléments à deux lignes en
français. Le mot éléments réfère
à éléments orbitaux qui veut dire l'ensemble
des données de base servant à définir l'orbite
exacte d'un satellite et la
position du satellite sur son orbite au moment précis appelé
époque. L'époque
des données orbitales, ou l'heure exacte à laquelle
les données présentées sont
valides, est inscrite à la ligne un des TLE. Elle sert à
déterminer l'âge des
éléments, donc de savoir si les prévisions
qui seront générées avec eux seront
précises. Tout au long des explications, nous nous servirons
de l'exemple suivant :
STS-105
1 26888U 01035A 01226.72972024 .00002453
00000-0 32713-4 0 226
2 26888 51.6338 153.4848 0009369 6.0282 354.0821
15.57386755 621
La première ligne, ou ligne 0, est l'appellation
commune de l'objet. Ce nom
peut varier d'une source à l'autre. Afin d'être certain
qu'il s'agisse du même
objet lorsqu'on a deux appellations différentes, il faut
plutôt vérifier le premier
groupe de caractère à la ligne 1, par exemple ici
26888. C'est le numéro
d'identification donné par le U.S. Space Command (USSC)
et ce numéro est unique.
De nombreux objets peuvent porter le même nom commun, par
exemple SL-06 R/B, mais
ils auront tous un numéro USSC différent.
L'époque est représentée
par la valeur 01226.72972024. C'est le jour dans
l'année et la fraction décimale de jour. 01 est 2001,
226 est le 226e jour de
l'année (14 août), .72972024 veut dire 17h30min48sec
en UTC (temps universel coordonné
ou heure de Greenwich). Cet instant précis représente
normalement le moment où le
satellite traverse l'équateur terrestre en se dirigeant
vers le nord. On appelle ce
point le noeud ascendant de l'orbite. C'est de cette façon
qu'on situe le satellite
sur son orbite à l'aide d'un TLE.
La ligne un, qui est en fait la 2e ligne de trois,
renseigne sur
l'identification du satellite, l'époque et les effets de
la trainée
atmosphérique sur son orbite. La ligne deux, la 3e, donne
les valeurs des
paramètres de l'orbite valables à l'instant précis
de l'époque. Pour connaitre
la signification des groupes de chiffres, consultez la section
suivante de cette page.
Pour savoir si un objet a subit un changement
notable d'altitude, ce qui
entrainerait une bonne différence dans les prévisions
de visibilité, il faut consulter
la valeur du mouvement moyen (MM), ici 15.57386755. Ce chiffre
donne le nombre de
tours de Terre que le satellite effectue en une journée.
S'il augmente,
l'altitude diminue, donc sa vitesse orbitale augmente. Si des prévisions
étaient
faites avec des TLE datant d'avant l'augmentation du MM, celles-ci
devraient
être devancées puisque l'objet va plus vite et sera
observé plus tôt que les prévisions.
Ces quelques explications concernant la nature
des infos contenues dans un TLE,
vise à démontrer leur importance comme donnée
de base pour tous les logiciels
utilisés pour faire des prévisions. Peu importe le
programme ou le site Internet
consulté, les prévisions de visibilité sont
toujours faites à partir de ces TLE.
Et pour avoir des prévisions fiables, il faut nécessairement
avoir des TLE
frais. Par contre, cette nécessité est valable pour
les objets en orbite très
basse (moins de 350 km) ou pour ceux qui manoeuvrent souvent, comme
la navette
et les autres vaisseaux habités.
Les TLE fournis sur les listes de discussion
sont donc destinés à ceux et celles
qui utilisent eux-mêmes un logiciel de poursuite (tracking)
pour faire leurs propres
prévisions. Si vous n'en avez pas et désirez en obtenir,
consultez la page
d'Obsat qui en dresse une liste succinte.
Cette page n'est cependant pas toujours
très à jour et elle n'est pas nécessairement
complète.
Pour avoir une liste des fichiers regroupant
plusieurs TLE par catégorie de
satellites et les télécharger, voir
cette page.
Pour les personnes qui ne veulent pas se donner
le trouble d'apprendre à
utiliser un logiciel, en plus d'avoir à télécharger
les TLE récents, il existe
des ressources sur Internet permettant d'obtenir des prévisions
sur mesure. Le
site le plus reconnu est Heavens-Above
en Allemagne. Il est anglophone mais c'est
facile de s'y retrouver.
Sur ce site, il y a la possibilité d'avoir
des prévisions pour tous les
satellites ainsi que pour les flares des satellites
Iridium. Si toutefois
l'utilisation de l'anglais pose problème, Obsat s'est associé
avec Heavens-Above
pour les prévisions concernant la Station spatiale. Pour
l'instant, seules les
prévisions pour le Québec sont disponibles à
l'adresse sur cette page.
DESCRIPTION DÉTAILLÉE DES ÉLÉMENTS ORBITAUX
Les données de l'orbite d'un satellite peuvent se résumer en un groupement de trois lignes dont deux contiennent des valeurs numériques définissant les paramètres de son orbite, d'où le terme anglais Two-Line Element (TLE) couramment employé.
Voici donc le format employé et la signification de chaque composante :
AAAAAAAAAAAAAAA b.b c.c d.d e.e f
RRR KM x km
1 gggggU hhiiijjj kklll.llllllll ±.mmmmmmmm ±nnnnn-n
ooooo-o p qqqqr
2 ggggg sss.ssss ttt.tttt uuuuuuu vvv.vvvv www.wwww xx.xxxxxxxxyyyyyz
La ponctuation et l'emplacement des caractères sont très
importants.
± indique que ce paramètre peut être positif
ou négatif (le signe + peut être omis).
Ligne 0 :
AAAAAAAAAAA : Nom du satellite (Variable d'une source à
l'autre)
b.b : Longueur
en mètres (Note 1)
c.c : Largeur
en mètres
d.d : Hauteur
en mètres (Note 2)
e.e : Magnitude
standard (vu à 1000 km et illuminé à 50%) (Note 3)
f
: Méthode ayant déterminé la magnitude standard :
d = calcul selon dimensions
v = vient d'observation visuelle
RRR : Section
équivalente radar en mètres carrés
KM
: Altitude à l'apogée
km
: Altitude au périgée
Ligne 1 :
ggggg : Numéro
de catalogue U.S. Space Command (ou NORAD)
U
: Classification. Ici U veut dire "Unclassified" = non secret
hh
: Désignation internationale - 2 derniers chiffres de l'année
de lancement
iii : Désignation
internationale - numéro du lancement dans l'année
jjj : Désignation
internationale - 1 à 3 lettres désignant une pièce
du lancement
kk
: 2 derniers chiffres de l'année où ces éléments
ont été déterminés
lll.llllllll : Jour et fraction de jour de l'année où
ces éléments ont été déterminés
±.mmmmmmmm : Moitié de la dérivée
première du mouvement moyen (rév./jour au carré)
Représente l'accélération ou la décélération
du satellite.
±nnnnn-n : Sixième de la
dérivée seconde du mouvement moyen (rév./jour au cube)
(pas de point décimal)
ooooo-o : Coefficient pseudo-ballistique
utilisé par le propagateur SGP4 (pas de point
décimal). Calculé comme étant la moitié du
produit du coefficient ballistique
de l'objet et de la densité de l'atmosphère au niveau de
la mer.
(1/rayon terrestre)
p
: Type d'éphéméride
qqqq : Numéro
du set d'éléments
r
: Checksum (Modulo 10)
Ligne 2 :
ggggg : Numéro
de catalogue U.S. Space Command (ou NORAD)
sss.ssss : Inclinaison de l'orbite par
rapport à l'équateur terrestre (en degrés)
ttt.tttt : Ascension droite du noeud ascendant
de l'orbite (en degrés)
uuuuuuu : Excentricité (pas
de point décimal)
vvv.vvvv : Argument du périgée
(en degrés)
www.wwww : Anomalie moyenne (en degrés)
xx.xxxxxxxx : Mouvement moyen (révolutions/jour)
yyyyy : Numéro
de révolution au moment où ces éléments ont
été déterminés
z
: Checksum (Modulo 10)
Note importante : À la ligne 0, les composantes b,
c, d, e, f ainsi que KM x km
sont facultatives et ne font pas partie de la définition
standard d'un TLE.
NOTES :
1- Si la largeur et la hauteur sont nulles, l'objet est alors sphérique
avec un
diamètre égal à b.b . Les objets
dont les dimensions sont inconnues sont
présumés sphériques avec un diamètre
qui est estimé.
2- Si la hauteur est zéro, alors l'objet est cylindrique avec un diamètre c.c .
3- Pour estimer la magnitude à d'autres distances et illuminations, utiliser :
mag = (magstd - 15.75) + 2.5 log10 (dist * dist / fracill)
où : magstd = magnitude standard selon e.e du
TLE
dist = distance
entre le satellite et l'observateur (en km)
fracill = fraction du satellite
illuminé par le Soleil (entre 0 et 1)
EXPLICATIONS COMPLÉMENTAIRES
(Plus technique)
Les valeurs des coefficients ±nnnnn-n et ooooo-o ne sont
pas toujours calculées. Pour ±nnnnn-n, il s'agit
de la variation
de l'accélération ou de la décéleration
dans le temps. Normalement la trainée
±.mmmmmmmm est toujours positive car un objet tend toujours
à tomber
vers la Terre. Cependant s'il manoeuvre, alors on peut avoir une
valeur
négative.
Pour conclure , voici la traduction (que j'espère correcte)
d'un extrait abrégé du manuel de l'utilisateur du
programme VEC2TLE de Kenneth
J. Ernandes.
"Les données présentées dans les éléments
képlériens (comme les TLE) constituent
des valeurs "moyennes" fictives pour les différents éléments
orbitaux. Ceci fut
fait pour faciliter et accélérer le processus de
calculs de positions et
vitesses des satellites. Donc, l'introduction d'éléments
orbitaux dits
instantanés pour propagation (calculs) dans les modèles
SGP et SGP4 résulterait
en des prévisions erronnées. (SGP veut dire Simplified
General Perturbation
propagator, c'est un algorythme utilisé pour calculer la
position instantanée
d'un satellite dans le passé ou le futur à partir
de données orbitales sous
forme de TLE)
Les perturbations qui font dévier un satellite de son orbite
képlérienne idéale
sont causées en grande partie par la distribution non sphérique
de la masse de
la Terre et la trainée atmosphérique. Les propagateurs
SGP et SGP4 appliquent
ces effets perturbateurs par une technique dite de variation de
paramètres, ou
les paramètres changés sont les éléments
orbitaux. Si ces effets étaient ignorés
et que l'orbite était propagée en utilisant seulement
les lois de Kepler,
l'erreur sur les prévisions serait évidente au bout
de 2 à 3 heures.
SGP utilise un modèle géopotentiel de 3e ordre pour
décrire la distribution de
la masse terrestre. Il inclut le bourrelet équatorial (2e
ordre) et la masse
plus grande du côté de l'hémisphere sud (3e
ordre) qui donne la forme de poire à
la Terre. SGP4 utilise un modèle géopotentiel de
4e ordre qui inclut une
déviation additionnelle au niveau de la masse terrestre
qui est plus petite que
celle du 2e et 3e ordre.
Les déviations géopotentielles par rapport à
une répartition sphérique idéale de
la masse résultent en des changements prévisibles
au niveau de l'orbite d'un
satellite. Les effets les plus marqués de ces perturbations
sont sur le plan
orbital et l'orientation de la ligne apogée-périgée
(ligne des apsides). Les
effets primaires sur l'orbite sont dits "séculaires" de
nature car ils résultent
en des déplacements constants de la ligne des noeuds et
de la ligne des apsides
en fonction du temps. La valeur de ce décalage dépend
du demi grand-axe de
l'orbite, de l'excentricité et de l'inclinaison de l'orbite.
Les effets
secondaires sont de nature périodiques et consistent en
des effets à court et à
long terme. Les effets périodiques à long terme se
superposent aux effets
séculaires. Les effets périodiques à court
terme se superposent, quant à eux,
aux effets périodiques à long terme.
SGP et SGP4 utilisent des méthodes statiques pour modéliser
les effets de la
trainée atmosphérique sur les orbites des satellites.
SGP suppose une variation
quadratique du mouvement moyen en fonction du temps. Les coefficients
quadratiques sont le sixième de la dérivée
seconde du mouvement moyen en
fonction du temps (nddot/6) sur le temps au carré et la
demie de la dérivée du
mouvement moyen en fonction du temps (ndot/2) sur le temps. SGP4
modélise la
densité de la haute atmosphère terrestre en utilisant
la 4e puissance de
l'altitude orbitale. SGP4 applique les effets de la trainée
sur l'orbite en
utilisant un coefficient pseudo-ballistique (Bstar), normalisé
pour l'altitude
orbitale et le profil de densité atmospherique du moment.
Autant pour SGP que
pour SGP4, les coefficients de trainée (ndot/2, nddot/6
ou Bstar) sont ajustés
de manière empirique (en se basant sur le comportement à
long terme) dans le
processus de détermination d'orbite.
Auteur : Daniel Deak, 24 mars 1999
Révisions : 10 mars 2002, 13 juin 2003